Cinéphile m'était conté ...

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Asie


L'homme qui parlait à son oiseau (Cash)

Sur l'édition originale indonésienne du troisième roman d'Eka Kurniawan figure un splendide oiseau bariolé. Très symbolique image, puisque dans ce livre traduit en français sous le titre de Cash, le personnage principal ne cesse de s'adresser à son (petit) oiseau pour se lamenter de sa paresse. En d'autres termes, notre héros est impuissant, suite à un épisode traumatique de sa jeunesse, et quand, comme lui, on passe son temps à montrer sa virilité et à se battre, il y a de quoi se désespérer. Kurniawan, connu depuis peu d'années en France, est déjà considéré, malgré son jeune âge, comme le meilleur écrivain indonésien actuel, qui s'est d'ailleurs avant tout illustré par ses nouvelles (encore inédites en nos contrées). Si certains lecteurs jugeront sans doute Cash bien trop crû et porté sur la chose, ainsi que parfois chronologiquement confus dans ses différentes intrigues, il n'en reste pas moins extrêmement drôle et pittoresque, explorant avec vivacité les bas-fonds de l'île de Java. Violence, érotisme, humour : autant d'ingrédients qui alimentent des aventures picaresques où le sordide côtoie parfois le sublime, avec un savant mélange d'obscénités et de romantisme (sans oublier une sorte de réalisme magique) dans un cocktail parfois irrésistible (un peu moins dans la deuxième partie du livre, un tantinet brouillonne). En tous cas, il y a de la vie et de l'énergie dans ce roman détonant, un brin provocateur et outrancier et qui, au-delà de ses excès, manifeste une grande humanité et, le croirait-on, une véritable sensibilité féministe. Quant à savoir si le petit oiseau finira, oui ou non, par se redresser, il faudra attendre les toutes dernières pages du roman pour l'apprendre.

 

 

L'auteur :

 

Eka Kurniawan est né le 28 novembre 1975 à Tasikmalaya (Indonésie). Il a publié 4 romans dont L'homme-tigre et Les belles de Halimunda.

 


28/06/2019
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L'absurde désordre de l'après-guerre (Des oiseaux rouge sang)

Mohammed Hanif a déjà prouvé par le passé (Attentat à la mangue, Notre-Dame d'Alice Bhatti) qu'il était dans son élément dans le chaos et le choc des civilisations, avec sa plume cinglante et acérée. Le démonstration se poursuit avec Des oiseaux rouge sang qui se déroule dans un camp de réfugiés en plein désert où, tour à tour, un pilote américain égaré, un adolescent qui se prend pour un chef et son propre chien prennent la parole. Disons plutôt qu'ils nous livrent leurs pensées plus ou moins idéologiques et didactiques en ces temps d'après-guerre où un règne un désordre absurde qui montre que non seulement la guerre est une stupidité sans nom mais que ses conséquences, collatérales ou pas, ne disent pas autre chose de la bêtise humaine, supérieure encore dans les pays dits civilisés. L'intrigue chemine ainsi pendant les 2/3 du livre, avec une progression dramatique laborieuse due à des soliloques un brin épuisants des trois narrateurs, le pompon allant à Clebs, le chien philosophe (sic). Il s'agit bien d'une satire dopée à l'humour noir mais un peu lassante par son caractère répétitif. Mais le pire est à venir dans la dernière partie du roman, de plus en plus étrange voire incompréhensible, mêlant vivants et morts dans une funeste sarabande. Le message délivré par l'auteur pakistanais est assez clair sur le fond mais la forme risque de rebuter plus d'un lecteur y compris ceux qui ont apprécié (avec modération) les deux premiers ouvrages traduits de Mohammed Hanif.

 

 

L'auteur :

 

Mohammed Hanif est né en novembre 1964 à Okara (Pakistan). Il a publié Attentat à la mangue et Notre-Dame d'Alice Bhatti.

 


09/06/2019
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La vie est une succession de défaites (Ponti)

La littérature singapourienne a rarement été traduite en français. La parution de Ponti, premier roman de Sharlene Teo, très bien accueilli dans les pays anglo-saxons, est une bonne occasion de s'y frotter, par curiosité d'abord, avec cette irrépressible envie de voyager par procuration qui anime un grand nombre d'amateurs de fiction. Ponti est un livre assez sombre mais il est tout de même nuancé d'une bonne dose d'humour et d'ironie, s'étageant sur des époques différentes, de 1968 à 2020, à travers trois personnages principaux féminins sur le principe de la narration alternée : Amina, éphémère actrice d'une trilogie horrifique (Ponti) ; Szu, sa fille adolescente ; Circé, la meilleure amie de la précédente, que l'on retrouve adulte, quelques années plus tard. Trois beaux portraits de jeunes femmes, pas conventionnelles et au caractère complexe, confrontées à un monde auquel elles s'identifient peu. Les quelques personnages secondaires sont eux aussi hors normes que ce soit le réalisateur des Ponti ou encore la tante spirite de Szu. L'écriture de Sharlene Teo est superbe, ample et précise, parfois élégiaque, mais le plus souvent assez noire, nous transportant dans cette cité-Etat de Singapour au climat suffocant quand la brume ne la recouvre pas. La romancière, via les vies croisées de ses héroïnes au fil du récit, témoigne d'un grand pessimisme sur la condition humaine, l'existence ne semblant pour elle qu'une série de défaites successives, jusqu'à la fin. Cela n'est pas très gai mais il y a aussi un climat fantastique par endroits qui rappelle peu ou prou l'ambiance des films de fantômes chinois. Sharlene Teo a écrit un livre très dense qui met notamment en avant les difficiles relations entre mère et fille et, en parallèle, celles d'une amitié non moins compliquée entre adolescentes, avec beaucoup de subtilité et dans une atmosphère flottante assez envoutante pour peu qu'on se laisse prendre à ses sortilèges. Un roman mélancolique avec quelques éclairs de flamboyance et de luxuriance, comme l'illustre parfaitement la magnifique couverture de la maison d'édition Buchet/Chastel.

 

 

L'autrice :

 

Sharlene Teo est née en 1987 à Singapour.

 


29/05/2019
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Sur l'océan des mots (La grande traversée)

La grande traversée raconte sur une quinzaine d'années la conception et la fabrication d'un dictionnaire contemporain. Avec moult détails sur sa ligne éditoriale, le choix des contributeurs, l'intégration de nouveaux mots, les interrogations sur leurs multiples significations, les discussions avec une papeterie pour créer un papier fin, souple et résistant, etc. Vous imaginez un roman français ou américain qui partirait de ce thème ? Non, évidemment, et ce n'est pas une surprise que La grande traversée soit signée d'une auteure japonaise, Shion Miura, pas traduite jusqu'alors en français, et qui comme d'autres romancières de son pays allie originalité du sujet à douceur d'écriture avec une forte bienveillance envers ses personnages. Car La grande traversée, au-delà de son épaisseur documentaire, apparait avant tout comme une aventure humaine grandiose sur l'océan des mots, menée par des êtres un peu à part, pas nécessairement adaptés au monde extérieur. Ce qui nous vaut d'ailleurs de nombreux passages savoureux quand il s'agit d'une affaire sentimentale que le responsable en chef du dictionnaire semble peu doué pour la mener à bien. Mais à lui comme à tous ceux qui gravitent autour de ce grand projet d'édition, Shion Miura voue une grande tendresse qu'elle nappe d'un nuage d'ironie avec ce talent qu'ont les auteurs nippons pour dire parfois les choses les plus personnelles de façon très directe. La construction de La grande traversée a par ailleurs l'air de rien mais elle est extrêmement pensée, déplaçant progressivement le curseur sur différents acteurs de l'élaboration du dictionnaire, en mettant l'accent sur l'importance et souvent la difficulté de la transmission. La réussite du roman tient enfin à la qualité de la traduction de Sophie Rèfle qui n'était pas aisée à faire étant donné que nous sommes assez peu familiers en Occident de la façon dont fonctionne la langue japonaise. La grande traversée est parait-il l'oeuvre maîtresse de Shion Miura. Ce n'est pas une raison pour nous empêcher de goûter à nouveau à la plume délicate et précise de Shion Miura à l'avenir. Aux Editions Actes Sud de nous permettre de connaître un peu mieux cette romancière qui a déjà signé une vingtaine d'ouvrages.

 

 

L'auteure :

 

Shion Miura est née le 23 septembre 1976 à Tokyo. Elle a publié une vingtaine de romans.

 


07/03/2019
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Schizophrénie galopante (China Dream)

En exil depuis plus de 20 ans, banni de Chine pour "pollution spirituelle", Ma Jian continue de publier loin de sa terre natale, inlassable pourfendeur des dérives du régime en place. China Dream peut ainsi aussi bien se lire comme un pamphlet que comme une satire aux solides vertus caustiques où le ridicule le dispute au tragique. Cependant, Ma Jian mêle la réalité, déjà souvent incroyable et désolante, à la fiction dystopique qui n'y va pas par quatre chemins pour stigmatiser cette société orwellienne. Le livre prend pour héros un haut fonctionnaire en bout de course, Ma Daode, directeur du Bureau des rêves, dont le but est d'éradiquer les souvenirs douloureux de chaque citoyen en les remplaçant par le merveilleux "rêve collectif chinois." De sombres desseins que notre homme a toutefois du mal à faire se concrétiser étant lui-même obsédé par son passé de la Révolution culturelle. L'époque actuelle et les funestes années 60 finissent par coexister de façon chaotique, non seulement dans l'esprit de Ma Daode mais aussi dans le roman, de manière tellement insistante que la démonstration en devient parfois irritante, dans un état de schizophrénie galopante. La fable en devient presque illisible dans ses dernières pages à mesure que l'état de Ma Daode se dégrade et que l'on plonge dans une sorte de délire incontrôlé. D'où l'impression mitigée que ressort de cette lecture singulière où en définitive il devient impossible de démêler le vrai du faux, la seule boussole restant le préambule écrit par Ma Jian qui lui est parfaitement clair et terrifiant.

 

 

L'auteur :

 

Ma Jian est né le 18 août 1953 à Qingdao (Chine). Il a publié 6 ouvrages dont Nouilles chinoises et Beijing Coma.

 


10/02/2019
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Deux âmes sœurs (Une ville à soi)

Actes Sud est fidèle à la romancière chinoise Chi Li depuis deux décennies. Une ville à soi est son dixième roman traduit, sachant que celui-ci a été publié en 2000 en Chine. L'ouvrage est dans la continuité de l'oeuvre de l'auteure qui, à travers des gens plutôt ordinaires, prend le pouls d'un pays en plein bouleversement, sur le plan économique mais aussi social et humain. Contrairement à d'autres écrivains chinois de sa génération, mondialement connus comme Mo Yan ou Yu Hua, Chi Li n'est pas du style à aller du côté du burlesque, du grotesque ou du picaresque. Son écriture, souvent qualifiée de néo-réaliste, est simple et ses intrigues plutôt resserrées. Une ville à soi est une histoire d'amitié, légèrement teintée d'ambigüité, entre deux femmes : Fengchun, une trentenaire mal mariée, et Mijie, une veuve sans âge. Cette dernière dirige avec succès une échoppe de cirage de chaussures où elle emploie sa jeune voisine perturbée par l'indifférence et la vacuité de son époux. Leurs relations vont passer par tous les états en une seule journée sous l'œil d'une sage octogénaire, la belle-mère de Mijie. Roman minimaliste, aux dialogues parfois surprenants par leur naïveté (est-ce la traduction ?), Une ville à soi, comme son titre l'indique, est aussi un témoignage sur les relations en constante évolution entre habitants d'une cité (Wuhan en l'occurrence) avec des modes de vie bouleversés par les valeurs nouvelles du capitalisme. Et tout doucement, sans élever le ton, Chi Li suggère que, heureusement, s'il reste une chose à laquelle se raccrocher c'est bien l'amitié. Notamment entre deux âmes sœurs.

 

 

L'auteure :

 

Chi Li est née en 1957 près de Wuhan (Chine). 10 de ses romans ont été publués en français dont Le show de la vie.

 


16/11/2018
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Aucune certitude fiable en ce monde (Le meurtre du Commandeur, livre 2)

Il n'existe aucune certitude fiable en ce monde. Cette phrase, écrite par Haruki Murakami dans Le meurtre du Commandeur, et qui reflète les pensées de son narrateur, résume d'une certaine façon toute l'oeuvre de l'écrivain japonais. Et plus particulièrement dans le livre 2 de son dernier roman (joliment intitulé La métaphore se déplace) dont une grande partie se déroule dans un univers onirico-fantastique alors que son héros doit essayer de ne pas succomber aux forces du mal en crapahutant dans un souterrain étroit durant un temps difficile à déterminer. Pourquoi cette douloureuse épreuve ? Pour retrouver une fillette disparue dont il a fait le portrait (rappelons qu'il est peintre) et avec laquelle il a lié une relation d'amitié et de connivence. Ce long passage est censé être le point d'orgue et l'acmé de ce roman-fleuve. Ce n'est pourtant pas le meilleur (avis personnel) tant Murakami est bien plus passionnant quand il évoque le quotidien presque heure par heure de son personnage principal avec la douce mélancolie de quelqu'un qui se pose de nombreuses questions sur le sens de sa vie, de ses amours, de ses emm..... Le meurtre du Commandeur est admirablement agencé reliant avec un grand naturel êtres réels et imaginaires, ces derniers sortis de la toile d'un peintre âgé et proche de la mort dont le narrateur habite provisoirement la maison. Il y a de l'humour, de la poésie et une pincée d'érotisme dans le roman, comme souvent chez Murakami, mais surtout ce sentiment que la frontière est poreuse entre ce qu'on appelle la réalité et des univers parallèles où tout peut arriver. Toujours cette idée qu'en ce monde il n'existe aucune certitude fiable. Et c'est ce qui fait le charme du livre de Murakami, encore une fois. Qu'il se laisse prendre la main et le lecteur se verra entraîner dans des contrées où le beau et le bizarre chevauchent de concert. Comme toujours chez l'écrivain, ce n'est pas la destination qui compte mais bien le voyage. Et celui-ci vaut le détour !

 

 

L'auteur :

Haruki Murakami est né le 12 janvier 1949 à Kyoto. Il a publié 14 romans dont La ballade de l'impossible, Kafka sur le rivage et 1Q84.

 


31/10/2018
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Dysfonctionnements du réel (Le meurtre du Commandeur, livre 1)

On a beau être un inconditionnel de Murakami depuis 1990 (date de sa première traduction en français : La course au mouton sauvage), la question se pose : comment encore être étonné par l'écrivain japonais (qui n'a toujours pas eu le Prix Nobel !) ? La réponse tient dans les premières pages du Meurtre du Commandeur : d'emblée, l'étrangeté de la situation exposée intrigue et impose de poursuivre sa lecture avec une gourmandise non dissimulée. En attendant le Livre 2, ce premier tome, intitulé Une idée apparaît, est impossible à résumer (tant mieux d'ailleurs, c'est la meilleure preuve de sa richesse). Au centre du récit, un peintre de 35 ans, que sa femme vient de quitter et qui se cherche autant dans son art que dans sa vie privée. Après une errance sur les routes du Japon, Il emménage dans une maison isolée dans la montagne et le voici mûr pour accepter les dysfonctionnements du réel, autrement dit, des événements bizarres qui vont "égayer" son quotidien. Le meurtre du Commandeur est dans la lignée de 1Q84 mais suffisamment différent pour ouvrir de nouvelles et excitantes voies narratives. Car plusieurs intrigues se chevauchent avec grâce et limpidité : une clochette tintinnabule dans la nuit, un voisin passe commande d'un portrait avant de demander un service surprenant, un personnage de petite taille sort d'un tableau ... Sans oublier l'histoire de l'ancien occupant de la maison, un peintre lui-aussi, qui a vécu à Vienne au temps de l'Anschluss. Bref, il se passe de drôles de choses dans ce roman qui se lit aussi comme un hommage vibrant à tous les arts, notamment la peinture traditionnelle japonaise ou la musique classique occidentale. Au bout de ce premier livre, il n'existe aucune alternative : vite s'atteler à la lecture du second, au titre prometteur : La métaphore se déplace.

 

 

L'auteur :

 

Haruki Murakami est né le 12 janvier 1949 à Kyoto. Il a publié 14 romans dont La ballade de l'impossible, Kafka sur le rivage et 1Q84.

 


27/10/2018
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Une année à Kamakura (La papeterie Tsubaki)

Il en faudrait davantage de ces livres qui nous dorlotent et nous émeuvent sans prétendre accéder à la "grande littérature" si tant est que celle-ci réponde à des critères objectifs, ce dont il est permis de douter. Les livres d'Ogawa Ito font du bien par leur bienveillance et c'est énorme, ce sont des Feel good Books dont on émerge avec parfois même une petite larme à l'oeil. Mais attention, c'est tout un art que de savoir garder une certaine tenue et de ne pas tomber dans une mièvrerie sucrée. De ce point de vue, La papeterie Tsubaki est un modèle du genre et peut-être le meilleur livre de la romancière japonaise, devant même Le restaurant de l'amour retrouvé. Au fil de quatre saisons, Ogawa Ito nous raconte la vie et les états d'âme d'une jeune femme qui a repris la papeterie de sa grand-mère et surtout son office d'écrivain public. C'est l'occasion de rencontres et de partages, bien sûr, mais aussi une description affectueuse d'un métier pas comme les autres où il est aussi bien question de calligraphie que de choix d'encres, de papier ou de crayons. Outre le thème de la transmission, très présent, Ogawa nous parle d'amitiés, épistolaire ou non, qui dépassent les notions d'âge ou de milieu social. Le livre est un hommage vibrant à Kamakura, petite ville côtière à taille humaine, toute proche de la mégalopole tokyoïte. Au-delà de la papeterie, la romancière consacre de nombreuses pages à la nature et au passage des saisons, aux fêtes traditionnelles et, bien entendu, à la gastronomie. Hatoko, l'héroïne de La papeterie Tsubaki, ancienne rebelle, est revenue à la source et acquiert une sagesse nouvelle en joignant l'utile de sa profession à l'agréable des relations humaines. Qu'est-ce qu'on aimerait pousser la porte de sa papeterie pour papoter un moment en dégustant un thé odorant !

 

 

L'auteure :

 

Ogawa Ito est née en 1973 à Yamagata (Japon). Elle a publié Le restaurant de l'amour retrouvé, Le ruban et Le jardin arc-en-ciel.

 

 

 


02/10/2018
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Petites gens de Malaisie (La somme de nos folies)

La littérature malaisienne nous est encore largement inconnue, même si les romans de Tash Aw nous sont parvenus ces dernières années mais celui-ci, résidant à Londres, a situé ses derniers livres en Indonésie et à Shanghai. La vraie Malaisie, pays carrefour du sud-est asiatique, que l'on connait surtout par sa capitale ultra-moderne Kuala-Lumpur, est toute entière dans le premier roman de Shi-Li Kow, issue de la communauté chinoise de Malaisie, auteure réputée jusqu'alors dans le monde anglo-saxon pour ses nouvelles. La somme de nos folies, qui se situe dans une petite bourgade imaginaire de l'état du Perak, trace en filigrane de ses différentes histoires un portrait-camaïeu d'un pays complexe. Dans un esprit proche du réalisme magique latino-américain, La somme de nos folies serpente entre drame et comédie sociale, avec pour principal atout la bienveillance d'une romancière envers des personnages qui se veulent ordinaires (des petites gens) mais auxquels il arrive des choses extraordinaires. Deux d'entre eux, Anyong, vieux sage, et Mary Anne, petite orpheline maligne, sont les narrateurs de péripéties dominées par la personnalité de Beevi, au caractère disons imprévisible. De nombreux autres protagonistes plus ou moins baroques interviennent dans un récit bigarré et souvent poétique. Une lecture agréable bien que l'on puisse regretter, peut-être, que le livre apparaisse plutôt comme une suite de nouvelles que comme un roman bien structuré. Mais c'est cette construction foisonnante qui donne finalement tout son charme et son intérêt à ce livre qui correspond bien à l'esprit des éditions Zulma avec lesquelles le plaisir de découvrir de nouveaux territoires géographiques et narratifs est rarement déçu.

 

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L'auteure :

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Shi-Li Kow est née en 1968 à Kuala-Lumpur (Malaisie). Elle s'est faite connaître par un recueil de nouvelles.


09/09/2018
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